ARHYME

LE RESEAU HYDRAULIQUE de MEUDON

Comment L’ARHYME fait revivre l’étonnante histoire du réseau hydraulique du domaine royal de Meudon

Jean Ménard est né et vit à Meudon. Il se souvient avoir parcouru autrefois avec ses copains la forêt de Meudon et d’y avoir découvert souterrains, fossés et digues de terre qui attisaient son imagination. Plus tard, il eut accès à des documents anciens, dont un merveilleux plan daté de 1695, qui lui permis de connaître dans le détail cet admirable et gigantesque réalisation que furent le réseau hydraulique et les jeux d’eau du domaine royal de Meudon.

Cette année 2013 marque les 10 ans d’existence d’Arhyme, association qu’il créa pour restaurer et faire connaître les ouvrages maçonnés caractéristiques de ce réseau hydraulique.

Jean Ménard a accepté de répondre aux questions du représentant de notre association de quartier Fleury Arthelon (FA).

FA : Mr Ménard, avant d’aborder l’aspect restauration, parlez-nous de la création de ce formidable réseau. Qui en est à l’origine ?

C’est le Marquis de LOUVOIS, ministre de la guerre de Louis XIV, qui devient en 1679 propriétaire du domaine de Meudon. Celui-ci comprenait le château vieux (disparu en 1790 ), la terrasse aménagée par son prédécesseur SERVIEN, l’orangerie et des terrains en contrebas de la terrasse. LOUVOIS veut organiser son nouveau domaine à l’image de celui de Versailles dont la construction vient de s’achever. Il imagine d’abord une «  grande perspective » telle que nous en avons héritée avec ses 3,3 km de longueur depuis l’avenue du Château jusqu’au tapis vert à Clamart. Ensuite, des jeux d’eau avec des bassins, des cascades, des fontaines, et, grande nouveauté, des jets d’eau constituant de véritables monuments liquides de grande hauteur tels que ceux qui viennent d’être créés pour la première fois à Versailles vers 1675/80 .

FA : Quelles sont les raisons pour lesquelles apparaissent ces fameux jets ? P1140521 tuyaux

C’est, d’une part, le génie de LE NÔTRE, et d’autre part, une innovation technique de grande importance dans la fabrication des tuyaux où circule l’eau. Le grand jardinier architecte avait imaginé des jets atteignant des hauteurs jusque là inconnues mais nécessitant de l’eau sous forte pression. Précisément à cette époque, des hauts fourneaux de la région normande ont su fabriquer des tuyaux en fonte moulée munis de brides que l’on pouvait assembler avec des boulons et écrous fortement serrés , ce qui permettait de mettre en œuvre de fortes pressions ; à la différence des anciennes installations faites de tuyaux emmanchés laissant échapper l’eau dès que la pression augmentait. Désormais, avec ce type matériel, le rêve de LE NÔTRE devînt réalité. Ce qu’il avait créé à Versailles, il pouvait le réaliser à Meudon, à la demande de LOUVOIS, à condition de disposer d’un bon dénivelé pouvant donner de la pression.

FA :LOUVOIS disposait-il d’un tel dénivelé dans le domaine qu’il venait d’acheter ?

Non. A l’origine, la seule possibilité consistait à recueillir simplement l’eau des sources à flanc de coteau au bas de la terrasse. La pression y était faible. Seuls les « jardins bas » pouvaient être ornés de hauts jets.

LOUVOIS comprit que la solution , pour alimenter les jets des futurs « jardins hauts » situés autour du château et au niveau de l’orangerie , consistait à recueillir l’eau de pluie sur le plateau de Meudon-Velizy-Clamart situé au-dessus des parties hautes du domaine à 175 m d’altitude en moyenne. Par bonheur, ce plateau présentait deux caractéristiques naturelles importantes : un sol de marnes argileuses imperméables limitant les pertes d’eau de pluie par infiltration dans le sol; une légère déclivité SO/NE permettant un écoulement de l’eau vers le château et son parc par simple gravité.

Il restait à LOUVOIS à acquérir la plus grande partie du plateau ( environ 2000ha occupés par des cultures ou des pâturages ) et à mobiliser les meilleurs ingénieurs et hydrauliciens. Ceux-ci vont dessiner les plans de 40km de rigoles principales et secondaires permettant de drainer l’eau de pluie et de la concentrer vers 8 aqueducs souterrains de 4,5km au total permettant de la conduire vers 4 immenses étangs réservoirs situés sur le bord du plateau, à proximité du château et du parc. Ces gigantesques travaux furent entrepris de 1680 à 1682.

D’après les documents anciens, LOUVOIS avait « gagné » quelques mètres de dénivelé grâce à la création d’un très grand réservoir(dit réservoir neuf ) dont le fond était à 5m au-dessus du niveau du plateau et qui était alimenté par l’eau stockée dans 1 des 4 réservoirs et élevée par deux moulins à vent. L’eau ainsi stockée en « hauteur » alimentait les jardins situés au-dessus du château, là où se trouve aujourd’hui le domaine de l’Observatoire.

FA : En définitive, combien de jets d’eau ont animé le grand domaine de LOUVOIS ? 4ø couverture

Les jeux d’eau s’étageaient depuis les parties hautes dont nous venons de parler jusqu’au fond du vallon , au niveau de l’actuel rond-point d’Arthelon. On en dénombrait environ 125. En comparaison, Versailles en comptait 10 fois plus. Mais on sait qu’ils fonctionnaient rarement simultanément en raison de stocks d’eau insuffisants.

FA : Quel a été le devenir de ces installations ?

LOUVOIS a disparu en 1691. Sa veuve a cédé le domaine au Dauphin, fils de Louis XIV, qui l’embellit encore en faisant construire un nouveau château (château neuf ) de 1706 à 1709. Il meurt en 1711. Louis XIV meurt à son tour en 1715. Le Régent puis Louis XV s’intéressent assez peu à ce domaine royal coûteux en entretien. Vu l’état des finances royales, la végétation recouvrit progressivement le réseau du plateau et, au 19ième<span”> siècle, l’urbanisation fit disparaître progressivement les installations des jeux d’eau. La forêt reprit ses droits. Louis XVI aimait y chasser. Finalement, cette immense réalisation due au marquis de LOUVOIS ne fonctionna qu’une quarantaine d’années seulement…

FA : Trois siècles plus tard, vous créez l’ARHYME pour faire renaître le réseau de Louvois ?

<span”>Effectivement, la création en 2003 d’ARHYME « Association pour la Restauration du Réseau Hydraulique du domaine royal de Meudon » traduisait une volonté de sauvetage, avec, comme objectifs, la restauration de très beaux ouvrages maçonnés tels que ponts et aqueducs souterrains, la mise au jour des principales rigoles d’amenée des eaux. Une signalétique adaptée propose au public une approche et une compréhension aussi claire que possible de cette gigantesque et superbe réalisation.

F A : Comme dans toute association, il y a des adhérents ?

Talus périmétrique de 100 m contrebutant le mur d’enceinte du Réservoir Neuf

Talus périmétrique de 100 m contrebutant le mur d’enceinte du Réservoir Neuf

Les adhérents , c’est la vie de l’Association. Ils sont plus de 50 actuellement. Une grande partie d’entre eux, que j’appelle les « débroussailleurs » et les « débroussailleuses », réalisent dans la forêt, à raison de 2 ou 3 matinées par mois, un travail absolument essentiel d’élimination de la végétation qui recouvre les ponts, rigoles et autres restes du réseau. C’est le premier geste, et le plus décisif, du « sauvetage » qui se fait bien sûr avec l’accord de l’ONF (Office National des Forêts).

FA : Quel est le second « geste de sauvetage » ?

visite guideS i le premier geste est de rendre visible, le second consiste à montrer. Une fois les parties les plus significatives du réseau mises au jour, il s’agit effectivement de les montrer au public parce qu’elles sont un élément important de notre patrimoine. Montrer consiste d’abord en des visites commentées en groupes, en parcourant un circuit dans la forêt permettant de voir les parties dégagées de la végétation. Environ une quinzaine de visites de 25/30 personnes sont organisées chaque année. En second lieu, des panneaux explicatifs, évoqués ci-dessus , installés dans la forêt aux endroits les plus significatifs, actuellement au nombre de 20, complètent l’information. Enfin, pour un public plus sédentaire, des expositions temporaires sont proposées. La dernière était visible à Meudon Centre au Musée d’Art et d’Histoire du 10 au 20 novembre 2013, puis, ensuite, transportée à la médiathèque de Meudon-la-Forêt.

FA : Auriez-vous un 3ième « geste  de sauvetage » à évoquer ?panneau

Bien sûr, d’importants financements furent nécessaires afin de restaurer les ouvrages maçonnés détériorés après 3 siècles d’oubli…L’Association fit appel aux Autorités administratives : communes, départements, régions, agences ministérielles…et sponsors privés en présentant des dossiers, en fournissant toutes précisions… à ces décideurs. Sans ces appuis et participations, il aurait été impossible d’entreprendre des restaurations très coûteuses de ponts, d’aqueducs ou autres. Après 10 ans d’activité, Arhyme à mobilisé environ 130 000€ venant d’une quinzaine de parrains, dont les mairies de Meudon et de Vélizy.

FA : Comment envisagez-vous les 10 prochaines années d’Arhyme ?

I l reste de nombreuses restaurations à réaliser… Elles seront concentrées essentiellement sur les aqueducs souterrains, ceux de la Grange Dame Rose, de la Patte d’oie, du Tronchet… Mais un dernier point nous donne beaucoup de soucis : le pont de la route de la mare aux Faisans… Affaire à suivre !

Pont de Velizy

Pour des informations complémentaires, vous pouvez consulter les ouvrages de Jean Ménard :

« L’étonnante histoire des jeux d’eau et du réseau hydraulique du domaine royal de Meudon-1654/2000 » paru en 2003 aux Editions le Taureau Volant – ISBN : 2-9516266-1-4

«Le réseau hydraulique du domaine royal de Meudon – 331 ans d’histoire, 10 années de restaurations – Arhyme 2003 / 2013 » paru en novembre 2013 aux Editions le Taureau Volant – ISBN : 2-9516266-3-0

<span”>Jean Ménard est également l’auteur d’un ouvrage complet sur les transformations de notre ville au siècle dernier : « Meudon au XXème siècle, 1900/1918 , tome II»

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Pour l’anecdote de notre quartier, il faut remarquer que le rond-point d’Arthelon se situe ici,

avec la Porte de Fleury ici

et l’avenue du Bois les relie.P1140520  rond-point ARTHELON

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